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Le travail comme expérience, entretien avec Annette Courtenay Mayers

ENTREVISTA a Annette Courtenay Mayers para la revista Búsquedas

Gladys : Bonjour Mme Annette. Merci beaucoup pour cet espace et ce temps. Je voulais demander : M. Gurdjieff a apporté cet enseignement, cette tradition de quête spirituelle en Occident, à la fois pour nous — en tant que chercheurs individuels — et pour l’humanité. C’est ce que j’ai compris en lisant son dans les Récits de Belzébuth et d’autres livres. Je voulais te demander : quel est le sens, le but de cet Enseignement pour l’humanité ? Aussi, quelle est sa signification pour nous, en tant qu’êtres humains individuels ? Mais, pour l’humanité, je suis très intéressée, nous n’en avons plus parlé dans les groupes de l’enseignement.

Annette : Certaines personnes – mon expérience me le montre – ont besoin du travail. Elles sont appelées par un sentiment de besoin de quelque chose pour lequel elles désirent travailler et vivre. Ce n’est pas égoïste, mais c’est pour la vie de son Être. Un moment de travail est un moment où l’on donne vie à son Être. Cela donne une impression que nous appelons la sensation de soi-même. Et cela est, d’après ce que je comprends, très spécifique du travail de M. Gurdjieff. Ce n’est pas seulement un sentiment, ou une pensée, cela doit inclure la sensation du corps. C’est ce qui la distingue d’une théorie, ou d’un enseignement uniquement pour la pensée ou les sentiments. Notre travail est pratique ; cela doit se mettre en pratique là où nous vivons : dans la nature, avec les gens, si nous échangeons des idées, des sentiments ou des besoins… Je pense que le travail doit être compris comme une possibilité de relation. Une relation avec moi-même, avec les autres et avec quelque chose au-dessus de moi. Tous sont importants.

Gladys : Et en ce qui concerne l’humanité ?

Annette : Je ne travaille pas pour moi, pour moi-même. Quand j’ai besoin de travailler, c’est à travers moi mais pas pour moi. Je souhaite que mon travail serve quelque chose qui me dépasse. Peut-être en commençant par l’humanité, peut-être au-dessus de cela. Je ne sais pas, mais j’ai cette confiance profonde que lorsque nous travaillons, nous nourrissons, aidons quelque chose au-dessus de nous, qui a besoin de notre aide. Je suis aidé mais j’ai aussi l’impression que c’est comme un appel à l’aide venu d’en haut.

Gladys : Le travail de la Conscience et la croissance intérieure de notre Être peuvent-ils avoir une influence, une quelconque relation avec l’évolution de la Conscience de l’humanité afin de l’améliorer, d’apporter moins de guerres, moins de violence, moins de racisme, moins de classisme dans le monde ?

Annette : C’est notre espoir mais nous ne savons pas… (pause) Je pense que ce que tu demandes est lié à mon sentiment et à ma compréhension de ce qu’est le service, le sentiment de service.

Gladys : En tant que compétence fondamentale dans la quête de la Quatrième Voie et de tout autre enseignement spirituel, comment le service est-il lié à la capacité d’apporter quelque chose de positif au monde actuel ?

Annette : Il y a tellement d’influences négatives. Peut-être pouvons-nous être une influence positive. Quand quelqu’un est touché par le travail, on peut sentir que nous avons une influence positive, ce qui signifie que, pendant un instant, cette personne se relie à quelque chose pour le Bien. Pas par égoïsme.

Gladys : Et pourrait-on dire qu’il existe une communication, une connexion avec une Conscience dans l’humanité à laquelle notre conscience est liée, dont elle fait partie d’une certaine manière ?

Annette : Ce n’est pas quelque chose que nous connaissons. Le travail se situe à un niveau supérieur de Conscience. Dans le travail, nous disons « Je Souhaite pouvoir travailler pour le Bien ». Vivre vraiment ce sentiment, pas seulement les mots, répéter Je souhaite pouvoir être pour le Bien change ton état d’être.

Gladys : L’enseignement de M. Gurdjieff est apparu en Occident vers le début de la Première Guerre Mondiale, il a lui-même vécu en France pendant l’occupation et la Seconde Guerre Mondiale, et aujourd’hui nous avons une situation de guerre dans différents lieux, différentes régions, et une souffrance profonde causée par cela. Avons-nous, dans les groupes, en tant que personnes en quête, un devoir êtrique lié avec cette situation, en essayant de l’améliorer, de pouvoir contribuer au Bien ?

Annette : C’est un désir. C’est un désir.

Gladys : Bien sûr.

Annette : Il y a cet espoir, mais comment puis-je… ? En pratique, c’est parfois possible, mais cela reste facilement dans le domaine des illusions.

Marisa : Cela reste seulement comme un désir. Un désir de la pensée.

Gladys : Et n’y a-t-il aucun moyen d’avoir une influence ? Que pouvons-nous faire ? Je le vois davantage en termes de Conscience, une sorte d’action invisible. Que lorsqu’il y a Conscience dans les groupes, quand une relation plus profonde avec le soi grandit, il y a aussi des choses qui changent à l’extérieur, tout comme ma personne, quand mon Être grandit, elle prend sa place, cesse d’occuper tout. N’est-ce pas la même chose au niveau du monde si les groupes travaillent envers la conscience ? Cela ne met-il pas dans une certaine place une réaction très ordinaire qui mène à beaucoup de relations violentes et de violence dans le monde ?

Annette : Nous espérons, mais nous ne savons pas.

Gladys : Quelle est la signification de notre enseignement ? Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Quel est le sens essentiel pour lequel nous devons travailler, pour lequel nous devons nous efforcer ?

Annette : Pourquoi travaillons-nous ? Je ne peux pas parler pour les autres. Je ne peux parler que pour moi. Je pense que je travaille parce que j’ai été, et peut-être que je suis encore, touchée par la Conscience. C’est ainsi que je comprends que je ne travaille pas pour moi. Je Travaille pour une relation avec la Conscience.

Gladys: Quand vous parlez de Conscience, Annette, qu’est-ce que la Conscience ?

Annette: Un sentiment ne peut être défini. Tu ne peux pas définir l’Amour, n’est-ce pas ? C’est une énergie. Ce n’est pas à moi. Je le reçois.

Gladys : Nous recevons la Conscience comme une énergie. Est-ce cela qui nous transforme ?

Annette : (parle en espagnol) Oui. C’est ton expérience, n’est-ce pas ? Si c’est le cas, tu le sais. L’expérience d’un moment de travail sur mon Être n’est pas une idée ; sentir sa présence en moi est un moment de relation avec ma Conscience.

Gladys : Et qu’en est-il de l’Être ? L’Être en chacun de nous possède-t-il la Conscience avec l’énergie déposée, qui a cristallisé une énergie en l’incarnant dans notre corps ?

Annette : Je pense que nous pouvons décrire des manifestations de la vie dans le monde extérieur. Je ne pense pas que nous ayons de mots véritables pour expliquer ou décrire les manifestations intérieures de la présence de l’Être.
Même si j’essaie, cela me donne un sentiment de dégoût, et non le sentiment de vouloir être.

Gladys : Ce travail avec l’attention, avec les sensations, avec les sentiments, est-il le pilier de nos efforts, de notre effort intérieur, est-il aussi la manière dont nous travaillons avec les forces de la sainte affirmation, de la sainte négation, de la sainte conciliation ?

Annette : Je dois avouer que je ne me suis jamais posée cette question avec ces mots. Je devrais probablement le faire, mais ça n’a jamais été ma façon de penser en travaillant. Tu as raison, théoriquement oui, mais ce n’est pas mon expérience. Je le comprends théoriquement, mais je ne me l’ai jamais décrit ainsi. Chacun de nous a une façon de décrire ou de ressentir son travail. Ce n’est pas une théorie.

Gladys : Je voudrais également t’interroger sur symbole de l’Ennéagramme.

Annette : Ne me demande pas parce que je n’ai rien à dire.

Gladys : D’accord. Pourrais-tu nous raconter comment tu es arrivée au travail, comment tu as trouvé l’enseignement ?

Annette : Tu veux dire mon histoire ? C’était sûrement le destin qui m’a amenée à rencontrer quelqu’un. Lors de mon séjour au Brésil, un élève de M. Gurdjieff, qui venait de Paris, est venu à Rio, où je me trouvais alors. À sa manière d’être et de parler, j’avais le sentiment qu’il avait quelque chose dont j’avais besoin et que je désirais. Alors, j’ai quitté Rio et je suis allée à Paris. C’est ainsi que je suis entrée dans le travail, grâce à l’influence de quelqu’un qui travaillait. Il n’est pas resté à Paris et j’ai perdu contact avec lui, mais je lui dois d’avoir ma propre relation avec ce qu’il m’a apporté.

Gladys: Avez-vous fait partie des premiers groupes de Madame de Salzmann ou de M. Gurdjieff ?

Annette: M. Gurdjieff est décédé trois semaines après mon arrivée au Travail. Je comptais me rendre à un groupe avec lui, mais il était trop malade, j’ai donc raté le rendez-vous. Je suis allée à ses funérailles et je l’ai vu sur son lit de mort, puis j’ai eu la chance d’avoir Mme de Salzmann comme première professeure.

Gladys : Aussi, dans les mouvements ? Tu as commencé immédiatement ?

Annette : Oui, les Mouvements. Quand j’ai commencé dans le groupe, elle m’a tout de suite mis en classe. Elle m’a dit : « Ce soir, sept heures à la Salle Playel ». Je ne savais rien à leur sujet, et cela a été une révélation. On m’a confié la responsabilité des classes de Mouvements. Les Mouvements ont toujours été très importants pour moi.

Gladys : Et aussi, devant des groupes ?

Annette : Bien plus tard.

Gladys : À Paris ou à Londres ?

Annette : J’étais à Londres, je ne vivais pas à Paris, je vivais à Londres.

Gladys : Et tu allais à Paris avec Mme de Salzmann ?

Annette : Elle est venue à Londres, et mon mari et moi sommes aussi allés à Paris pour la voir.

Gladys : Et Madame Ouspensky ?

Annette : Non, je ne l’ai jamais rencontrée. Elle ne vivait pas à Londres, elle vivait en dehors de Londres. Et elle ne fréquentait pas beaucoup les groupes de Gurdjieff. Elle avait Parkinson, elle n’allait pas bien. Il y avait des gens qui sont allés loger avec elle et ont travaillé avec elle, c’était un événement très distinct de ce qui s’est passé à Londres dans les groupes de Gurdjieff. Avant, elle avait joué un grand rôle.

Gladys : Et comment as-tu établi des liens avec les Péruviens ? Les Péruviens sont-ils venus en Angleterre ? Tu y es allée ?

Annette : Manongo Mujica a eu une grande influence en demandant à Bernard d’aller au Pérou …

Marisa : dans les années soixante-dix…

Annette: ¿Dans les années soixante-dix?

Marisa: Oui.

Gladys : S’agissait-il d’une relation créative ?

Marisa : Oui.

Gladys : à Marisa, as-tu des questions ?

Marisa : Annette, penses-tu que le travail diffère selon les régions du monde ? Ou bien partageons-nous la même quête ?

Annette : Le travail intérieur est le même, mais les conditions sont différentes. Les gens ont des âges différents, un niveau d’éducation différent. Je peux entendre les mêmes questions, et répondre de la même manière, où que je sois, mais c’est vrai que… peut-être… mon impression du travail en Italie et en Suisse diffère de celui que j’ai sur le travail en Norvège. Ce n’est pas une critique, c’est juste que les gens ont une éducation et une manière de comprendre la vie différentes. Ainsi, leurs manifestations sont différentes. Mais la quête de la Vérité est la même partout, si c’est une véritable recherche. Pas la description de mon désordre intérieur. Le travail n’est pas de la psychologie et, si vous n’êtes pas en psychologie, le travail est le même partout, mais si cela devient une réunion psychologique, pour moi ce n’est plus le travail.

Gladys : Le travail est-il toujours vivant dans le monde ?

Annette : Je pense qu’il a grandi, il y a beaucoup plus de groupes dans plus d’endroits, n’est-ce pas ? Mais, si cela apporte la vraie vie… J’espère, j’aimerais bien. Et je ne pense pas que mes pensées ou mes sentiments à ce sujet aient de l’importance. C’est seule l’expérience qui compte et donne un sens à la propre vie. Ne pensez-vous pas que la valeur de votre vie correspond à votre expérience ?

Gladys : Oui, et le travail m’a aussi donné un sens à la vie. Une profondeur. Et une compréhension d’une réalité intérieure.

Annette : Quand je travaille… Je ne prête attention à rien d’autre.

Gladys : Mais tu parlais de ça, n’est-ce pas ? Comment pouvons-nous rester plus en phase avec notre réalité intérieure, avec notre monde réel ?

Annette : Nous savons tous ce qu’il faut faire, et personne ne peut le faire pour vous. Personne ne peut faire ça pour moi. Je dois sans cesse ramener mon attention sur ce contact, ça a un goût réel. D’où vient l’attention ?

Marisa : Annette, penses-tu que l’enseignement de Gurdjieff est, d’une certaine manière, une quête mystique ?

Annette : Mystique. Que veux-tu dire exactement par mystique ?

Marisa : Le besoin de l’homme, ou mon besoin de me connecter à quelque chose de plus élevé.

Annette : Oui. Eh bien, alors je dirais oui. Mais en même temps, je pense que le mysticisme n’implique pas l’action, et que le travail a cette relation entre mysticisme et pratique. C’est vraiment comme ça que je comprends la relation.

Gladys : C’est pour ça que c’est un travail dans la vie. Nous sommes en pratique et en expérience, au jour le jour. En recommençant sans cesse. Merci beaucoup, Annette.

Merci, Marisa. Merci, Galo.

Entretien en vidéo

Regardez l’intégralité de l’entretien avec Annette Courtenay Mayers :

Membres de l’équipe qui ont participé à l’entretien : Galo Valencia Reyes – prise de vue / Marisa Mujica – traduction orale / Mariano Márquez – assistance technique / Leora Engelhard – transcription et traduction préliminaire.

Pachacamac – Pérou, 22 mayo 2025

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